• Charon

    Charon

    Tel Charon j’ ai fait traverser à Justine le fleuve de ses enfers pour la conduire sur l’île des filles de Sapho…
    Me soudoyer fut pour elle un jeu, deux pièces de soie rehaussées de pierreries, qu’elle offrit à ma vue en guise de sa vertu entendue, paiement de ce p assage vers son inconnue.

    — Regarde, me dit-elle ingénue…

    À mon regard badin, se dessinent deux bonnets de satins d’ombre brûlée de Chypre retenue en pointe par un petit scorpion d’or et délicatement lacé sur ses épaules et son dos. Sous son ventre piercé d’une améthyste, un fin triangle de voile arachnéen surmonte le tissu satiné de ce coordonné, dissimulant à peine so n intimité. Étrange litsam masquant sa pudeur indécente, retenu négligemment par trois fins cordons, deux lui encerclent la taille, soulignent la tendre rondeur de ses hanches de femme ennoblie par ses années de vie et l’un plus fripon plonge entre ses cuisses nues, pour longer immodeste le fin sillon de sa raie culière et venir s’arrimer au autres autour des ailes d’un papillon de diamant.
    Comme une ceinture chaste, son porte-jarretelles couvre le bas de son ventre et la soie noire sous ses doigts délicats vient gainer ses jambes nues. Lentement sans retenue, Justine tend un à un les rubans élastiques munis d'une pince à l'une de leurs extrémités fixant ses bas au porte-jarretelles dans un instant de séduction fatal. Élégance du raffinement, qui la caractérise, elle revêt enfin sa robe. Ce basique intemporel dans une belle maille stretch anthracite et petite fermeture éclaire dans le cou, que j’affectionne tellement il la féminise et qui m’oblige patient, lorsqu’elle le porte pour moi, à soulever délicatement ses cheveux blonds en l’embrassant dans le coup pour le lui ôter. Avant que de le faire glisser sur ses épaules, sa taille et le laisser s’échouer à ses pieds que généralement dugazon, d’un pas chassé, elle néglige délicatement au sol.

    — On y va, assure-t-elle en me prenant pas la main pour garder l’équilibre et passer à ses pieds de soie couturée, sa paire d’escarpins de vernis noir pour parfaire le tout…

    Douceur et charme régnaient à l’instant où ma barque accostait près du rivage sacré, là dans le jardin d’hiver d’Abigaëlle, son olympe comme aima à le dénommer cette magnifique libertine rousse aux cheveux courts, en nous y conviant après notre rencontre.
    L’ inattendue survenu lors d’une fête angevine, où loin de la guinguette, du public estival l’envahissant, buvant, grignotant, dansant sous les harmonies populaires de l’orchestre, par jeu, Justine coquine m’offrit son string en le déposant dans mon verre de rosé. C’est en portant un toast à cette fanfaronnerie, pour apprécier le corps de cette étrange cuvée Justinienne, que nous croisâmes le regard d’émeraude d’Abigaëlle.
    Celle-ci, d’un sourire amusé par l’instant, nous salua et espiègle, m’assura que c’était seulement ainsi que ce vin de pays pouvait exprimer sa succulence d’une grande cuvée, puis félicita Justine pour sa connaissance en œnologie avant de vouloir prendre congé. La remarque était comme celle qui l’énonça trop belle et subtile pour la laisser filer.
    Il nous restait assez d’ivresse en bouteille pour la partager et c’est ainsi que nous conviâmes Abigaëlle, telle est son nom, à une fête à la vie. Rires, chastes romances et confidences étoilèrent cette nuit d’été qui nous offrit une nouvelle amitié libertine, dans laquelle Justine et d’Abigaëlle se trouvèrent. C’est dans l’embrassade de la séparation qu’Abigaëlle, avec déférence, me demanda de conduire Justine sur l’olympe pour qu’elle puisse l’aimer. Que ne pusse-je refuser à cette déesse de feu, quand je préssentais déjà la flamme qui couvait dans le ventre de ma Justine, qui enjôleuse, souscrivait déjà de ses yeux bleus, émue par beauté de cette rousse incendiaire, nous offrant ce présent, où barque arrimée, je conduisais d’une main légère Justine vers ce lieu étrange.

    Le jardin d’Abigaëlle, rotonde dissimulant un bassin à large margelle festonnée d’îlots de bambous, qui dissimulent le granite noir d’un mur d’eau, fontaine zen isolée dans un reg de galets. L’eau alanguie par sa chute silencieuse s’échauffe en de petites lagunes sur son parcourt lorsque le soleil filtre entre et au travers des voilages blancs suspendus en gonfalon aux longerons métalliques de la véranda. Puis intrépide court alimenter de sa tiédeur en une succession de cascatelles celle du bassin. Une table basse au centre de quatre énormes fauteuils carrés en rotin blanc garnis d’épais coussins d’assises surplombent en estrade une couche circulaire. Un ciel de lit diaphane confine cet espace où le corps vient se poser, pour mieux aimer ou se reposer des lassitudes de l’exitance. Çà et là sur le sol ou sur guéridons, vases et pots garnis de plantes ou de fleurs rehaussent de leurs couleurs chatoyantes cet étrange lieu, où règne un raffinement naturellement désordonné si féminin.

    Tel un songe d’une nuit d’été, Abigaëlle nous accueil dans un kimono de soie bleutée unie sans obi, préférent à cela une fine ceinture du même bleu.

    — Justine, Savinien, voulez-vous du thé ? demande-t-elle avec simplicité tout en nous invitants à s’asseoir sur les coussins moelleux des fauteuils.

    La conversation est gardée à son minimum. Nous nous relaxons et apprécions l'atmosphère créée par les sons de l'eau et du feu du petit brasero poser sur la table, l’odeur de l’encens et du thé, la beauté et la simplicité d’Abigaëlle.

    — Savinien, que diriez-vous de profiter du bassin pendant que Justine et moi nous nous aimions, me demande Abigaëlle sans ambages , lançant une œillade complice à Justine en déposant sa tasse de thé.

    Justine acquiesce pour moi, se lève et d’un baiser invite Abigaëlle à se joindre à elle, sans plus attendre, elles me mettent nu et compères, me font descendre dans l’eau. A gestes mesurés, elles me lutinent un bref instant puis en m’embrassant elles prennent congé.

    — à tout à l’heure mon amour, me murmure Justine en m’embrassant dans le cou. Comme je lui ai promis, je ne serais pas un acteur dans cette rencontre.

    — Savinien, il y a un endroit où du bassin, vous pourrez tout voir, à vous de le trouver, m’assure Abigaëlle taquine en prenant la main que Justine lui tend.

    Je les entends rire en s’éloignant. Lentement, je fais le tour du bassin et comme me l’avait promis Abigaëlle, je trouve le point de vue. Congédié par ses beautés, nu, bercé par l’eau, dissimulé par des roseaux astucieusement disposés, je les vois… Ses coquines, m’ont attendu. Béni soit la volonté des femmes lorsqu’elles veulent donner et se donner, nul homme ne peut porter ces envies au paroxysme de leur volonté. Corps et cœur frémissant, j’observe ce tendre tableau qu’elles ont décidé complices de m’offrir.

    Debout, tout gestes suspendus, yeux clos, el les s’embrassent longuement, mêlant leur salive, se lâchant se reprenant régulièrement comme deux amants ivres buvant le vin de l’envie sur la langue, les lèvres de l’autre. C’est un délice de voir ces belles assoiffées que leurs baisers langoureux commencent à émoustiller. Déjà leurs seins s’alourdissent sous le tissu, je devine la jouissance venir se cogner sur leurs tétins agacés, leur ventre se colle, leurs cuisses se croisent. Doucement, leurs lèvres se quittent comme à regret pour venir se nicher dans leur cou. Comme dans un slow silencieux, elle danse sur la musique quelles seules perçoivent, celle de leurs cœurs qui martèlent le tempo de ce ballet de séduction. Puis la langue d’Abigaëlle rejoint le chemin que sa main vient de dégager dans le cou de Justine en remontant tendrement ses cheveux. Sa pointe le parcours jusqu'à son oreille comme pour en capter tel un piège a rosé, les gouttelettes de sueurs qui courent sur sa peau. Ses lèvres se pressent près de son oreille et murmure son désir naissant, vante cette beauté qu’elle pressent et lui demande dans un souffle d’espoir son consentement. Grisée Justine quitte la douce chaleur du cou d’ Abigaëlle et comme elle a l’instant fait le même chemin, savoure, elle aussi sous sa langue, les perles de sueur que le désir fait naître et venant s’échouer au creux de son oreille lui murmure en écho un oui mutin.

    Abigaëlle n’attendait que cela, ce mot libérateur pour laisser ses mains s’envoler. Dans une tendresse infinie en soulevant délicatement les cheveux de la nuque de son amante, elle se penche experte au creux de son épaule et fait glisser savante le zip qui retient la robe de Justine. Puis se reculant légèrement, elle dévoile une épaule qu’elle embrasse avec inclination puis l’autre. S’agenouillant, elle fait ramper la robe sur le torse, le ventre, les cuisses de Justine appréciant en connaisseuse les amours dont elle s’est vêtue, puis posant sa main sur le mollet de Justine, naturellement elle lève sa jambe appréciant sous ses doigts, le doux contacte de la soie des bas de Justine l’aidant à sortir de sa chrysalide de tissu, avant de la déchausser. Abigaëlle, se relève et sans coup férir, délasse le lien qui retient son kimono, il choit négligement à ses pieds nus et prenant les mains de Justine, Abigaëlle l’attire vers le lit. Elles restent ainsi comme deux gamines faisant la ronde à s’observer, à contempler la beauté de l’autre.

    Les bonnets de satins d’ombre brûlée de Chypre retenue en pointe par un petit scorpion d’or et délicatement lacé sur ses épaules et le dos de Justine rivalisent avec ceux violine d’Abigaëlle dont un magnifique bijou oriental sert de trait d’union, faisant pigeonner plus que de raison et avec attention ses seins laiteux couverts comme ses frêles épaules d’éphélides. Sous la ceinture de leur porte-jarretelles, leur string rivalise de beauté, même le bijou retenant les fripons cordons ne peut les départagés. Papillon butinant l’arabesque du string d’Abigaëlle, volutes envoûtant le libertin lépidoptère du string de Justine.

    Mutines, elles se dévorent du regard, laissant en l’autre les images de cette découverte. Belles elles le sont, je peux l’assuré, deux beautés de cinquante ans, mais peut-on parlé d’âge devant ces corps subtilement arrondis par des instants de maternité qui ont anobli leurs courbes juvéniles pour en faire ces femmes sensuelles d’aujourd’hui. Mon moi se fait désir, les muscles pourtant amollis par l’eau, mon corps s’ouvre à la beauté du mom ent, des gestes qu’elles osent, comme à regret de ne pouvoir le contenir, je laisse le sang emplir durablement le corps caverneux et bleuir la veine comme une offrande monolithique à ses déesses emportées par leur transe dédier au féminin.

    C’est d’abord de longs baisers langoureux qui parcourent lèvres, cou, nuque, lobe de l’oreille où ils jouent avec les fins anneaux d’argent, les clous de rubis et qui viennent s’échouer sur les bretelles des soutiens-gorge, comme pour leur dire qu’ils sont de trop. Bécots capricieux, qui ne voulant pas gâcher l’instant retiennent les mains inconséquentes en claustrant les doigts des belligérantes, les forçant à se contenir. Pourtant… aliénés par les failles qu’ouvrent les souffles courts, la sueur glacée d’envies, leurs esprits cèdent et leurs mains se libèrent. Elles cara colent sous ce vent de liberté, frôlent fesses qu’elles pétrissent, cuisses qu’elles effleurent, ventre qu’elles esquichent et échouent sur leurs seins.
    Elles flattent la douceur du tissu, font rouler envieuses, l’une après l’autre les tétins turgescents au travers des voiles qui les recouvrent. Elles libèrent enfin une épaule du harnais, extraient la chair et l’offre au regard. Passive Justine laisse Abigaëlle lui ôter ce soutient gorges devenu importun et offre sa poitrine nue à sa concupiscence, éprouve les frissons de la bouche d’Abigaëlle dévorant ses seins, titillant tétins et aréoles brunies de désirs. Interminablement elle se plie aux caresses de son amante, jusqu’ à son tour, où inquisitrice, elle ôte la barrière de tissu et croque à pleine dent les fraises rosies des seins d’Abigaëlle, lui arrachant des soupirs d’aise d’être ainsi dévorée. Justine ignore tout et pourtant, atavique, elle malaxe avec amour cette chair généreuse, gobe avec convoitise un à un sein et tétin, jouant avec eux, sur eux la partition des plaisirs qu’elle procure à Abigaëlle. Hypnotisé, je vois leurs jambes tremblées sous les ondes douloureuse de la jouissance qu’elles se procurent et dans une ultime violence, elle se séparent, libèrent leur corps aimant pour s’accompagner sur le lit. Sous le ciel de celui-ci, elles vont pouvoir s’aimer confortablement.

    Étendues, lascives, elles s’embrassent à nouveau, recherchant cette fougue qui les transporte. Seins comprimés par le corps de l’autre, elles suffoquent amoureuses, mais aucune des deux ne veut céder. C’est Abigaëlle qui par ruse lance un nouveau défi, s’arrachant des bras qui la retiennent, elle attire Justine dans une embrassade. Assise ainsi face à face, Abigaëlle ouvre ses jambes, invitant Justine à s’asseoir face à elle.
    Espiègle Abigaëlle insère son bassin entre les jambes de Justine, écoutant au passage le crissement des bas qui se frôlent, mettant ainsi doucement en contact leur sexe inconnu au trav ers de leur string humidifié par leur rivalités refoulées, leur permettant de se ressentir, de faire pudiquement connaissance avant de rêver à l’abandon. Ondulations du bassin qui affirment volontés et désirs et fait se plisser le tissu, se coller en un baiser saphique leurs nymphes embuées de cyprine. En écho de leur jouissance, leurs bouches se reprennent, leurs mains dansent à nouveau sur leurs seins et elles dérivent lentement sur ce lit devenu nef et qui les emporte vers l’enfer de leurs égos assoiffés. Comme prit dans une zone de convergence intertropicale, leur nef dérive inlassablement figeant en un cycle perpétuel instant et postures et elles restent ainsi naufragées, hésitantes, incertaines à répéter ce qu’elles ont osé.
    Éternité d’infinis trop sages à mon goût et en pensée je leur envoie les alizés de mes convoitises pour que le mouvement se crée et que leur nef les emporte à nouveau pour de nouveaux rivages. Après tout, ne suis-je pas Charon le passeur des enfers, ma volonté prévôt lorsqu’il s’agit de voyager…

    C’est Abigaëlle qui la première pose le pied sur la roche vive de cette île sans vertu. En un Ô de surprise étouffée dans le cou de Justine qui malicieuse d’une simple tape sur le museau de ses chiennes, qui babines salivantes refusaient dans cette posture d’embrassade de livrer le passage à son impétuosité digitale, vient de forcer les portes de sa vulve après avoir caressé longuement « les nymphes cerbère » pour les surexciter.
    Dans un râle Abigaëlle se met sur les genoux, mains autour du cou de Justine, bouche mordante en petits cris étouffés l’épaule de celle-ci. Cuisses et string écarté, elle laisse Justine fouillée en elle, puis une de ses mains quitte le cou de son amante et vient d’un geste vif, délier les nœuds qui retiennent le tissus et dont elle ne veut plus. Justine sent sur sa dextre le souffle de l’abandon du voile qui glisse vers le bas, apportant l’aisance à son mouvement qu’elle accélère inquisitrice. Abigaëlle ondule sous cette caresse et front appuyé sur celui de la femme qui a osé, elle regarde de ses yeux verts, loin de la démarcation que font ses bas lilas avec sa peau de lait échauffée, le ballet qu’exécute la main de Justine.
    Par intermittence, elle vient caresser le triangle roux qui orne son sexe glabre, dont elle raffole, puis enflamme du pouce le bouton de rose qui par envie à éclos et affleure à la commissure de ses lèvres. Ronde protubérance qui appelle de ses vœux fiévreux une caresse soutenue pour se faner puisque telle est sa destinée, mais à laquelle Justine tsarine ne veut pas répondre, préférant l’agonie à la liesse d’une rencontre qu’elle veut pour plus tard. Abigaëlle amoureuse de ce doigt entend, les clapots de cette rencontre humide dont la violence l’emporte et où elle se vautre idolâtre et plus que consentante.
    Elle sent les parfums de sa féminitude s’évaporer so us la chaleur de son corps, mentalement, elle rappelle sous sa langue les goûts de ceux-ci qu’elle connaît par cœur, puisqu’elle s’est déjà dégustée sur les lèvres livides de ses amantes et amants, sur ses propres doigts englués de jouissance solitaire. Elle se laisse enlever, regardant par défi Justine dans les yeux, par le flot onirique de son orgasme, qu’elle aspire par les saccades de son souffle court, des contractions involontaires de ses muscles abdominaux, des ruissellements licencieux de son vagin incendié, de ses cuisses qui se tétanisent sous l’effort. Lorsque celui-ci l’emmène, Abigaëlle s’effondre, s’empale jusqu'à la garde sur le doigt de Justine et serrant les cuisses, elle l’emprisonne pour le châtier de ses outrages comme elle le ferait avec un amant pour prolonger l’instant où le vit en elle palpite d’agonie.

    Que les enfers sont doux devant ce spectacle, l’homme, en moi, n’est plus qu’un point qui vibre violacé, quémandant qu’une main vienne le gommer, l’effacer de la portée de cette symphonie, mais à ce La là point de salut, déjà Abigaëlle baguette en main, tance les musiciens et lance un nouveau mouvement, réduisant ce La au silence jusqu'à ce qu’il ne soit plus qu’un soupir, une pause dans l'exécution de son morceau.

    On ne doit jamais éveiller la louve qui sommeille, à chasteté gardée, crocs endormis à jamais souris… Pauvre Justine qui n’a pas écouté ce dicton du passé, que femmes autour du feu aimaient partager avec la sylphide venue se prosterner aux pieds de Sapho…

    Repoussant d’un millier de baisers sournois le corps de Justine, Abigaëlle, en « grande louvetière », organise l’hallali de cette biche qui l’a fait courir et sombrée.
    Sens en meute, à quatre pattes, jarretières tendues, chaloupant amoureusement les fesses, elle louvoie vers sa proie, ses bas crissant sous les frôlements volontaires de ses cuisses, ses seins rosis de sueur pervibrant à chaque avancée.
    Sa conque vernie luit encore des humeurs de sa féminité, où le feu court encore en elle.
    Inapaisée, elle va faire payer à cette effrontée ses gestes osés, ses volitions.
    Jamais aucune n’avait si amoureusement outragé son sanctuaire pour l’emporter aussi loin d’elle, refusant prémédité tout accalmie en sa chair, ne lui apportant que fièvre en corps, comme seul une succube peu le faire.
    Promesses et abandons qui forcent la raison à n’être qu’un jouet volontaire.
    Rousse poupée de chiffon aux blanches cuisses écartelées qui se laisse évider de sa bourre pour qu’ainsi disloquer, sans vie, elle se laisse bercer et cajoler en priant que cela en jamais ne cesse.

    C’est à sa langue qu’Abigaëlle charge d’annoncer la battue, ondulante sur le corps de Justine, elle la laisse fouiller les monts, les creux, les plis pour débusquer la piste qui forcera son amante à l’abandon. Ses yeux rouges de louve croisent régulièrement ceux de Justine, qu’elle salut d’œillades outrecuidantes, lorsqu’elle pressent que la meute de ses sens est sur la trace du plaisir.
    Dans la barbotière de sueur qui emplit le nombr il de Justine, elle étanche sa soif, jouant délicatement avec le percing qui le borde en son extrémité. La tête posée sur le ventre de Justine, Abigaëlle observe langoureuse la silhouette des longues jambes de Justine. Remonte les mailles de soie de ses bas jusqu'à l’entrecuisse, où la peau nue contraste avec la noirceur d’encre du voile et les traits des jarretières. Ses narines palpitent sous les effluves qui émanent de l’aine, des subtils et tentateurs entrebâillements du galon du string étranglant les hanches de cet amour fait femme et qu’elle convoite. Un long moment, Abigaëlle, se laisse griser par les gesses délicates, écoutant entichée les respirations ventrales de Justine, qui s’offre lascive a se regard.
    Puis la faim tenaille à nouveau la louve qui sommeillait et en souriant, vive, elle se redresse et embrasse fougueusement les lèvres de Justine, puis arrachant un baiser à chacun de ses seins, elle plonge entre les cuisses de son amante, qui en devinant ses intentions s’ouvre et les rehausse pour lui laisser le passage, aidant volontairement la main impérieuse d’ Abigaëlle à ravir son string que celle-ci porte à ses lèvres, goûtant, humant, les promesses qui s’annoncent. Néanmoins, patient, c’est d’abord du regard, qu’Abigaëlle dévore sa proie qu’elle pense vaincue. Avec sagesse, elle contemple ce sexe dipôle inconnu, notant pourtant au passage, les détails faisant d’elles, des êtres uniques et indivisibles.

    Ce divin triangle de poil pubien aux similarités géométriques arborant la couleur de champs de blé alors que pour elle, il évoque l’essence chromatique de l’Irlande.
    Cet homologue sillon vulvaire de jeunes filles, ni le temps, ni les grossesses n’ont pu en effacer la discrète ironie verticale. Sourires complices pigmentés d’un glacis rouge de Venise Clair qui semble dénoncer comme un trait de rouge à lèvres, l’innocence de ses libertines, qui s’offrent mais jamais ne se rendent dans leurs instants d’ingénues.

    Cette évidure singulière à la commissure des grandes lèvres, formant comme pour elle, s’aperçoit amusé Abigaëlle en remontant le sillon de Justine, un point d’interrogation inversé, ponctuation des phrases d’amour qu’elles énoncent sur leurs nymphes. Trou de cette serrure à clé emprisonnée ouvrant la porte d’un de leur plaisir sacré qu’aucun passe-partout ne peut forcer.

    Même athlétique bande périnée assombrit par l’ombre culière que forment les parfaites rotondités du pinacle de Justine et qu’ Abigaëlle désireuse, se contraint à ne pas d’empaumer. No man’s land seyant qui l’invite à gamahucher en polissonne les ridules embrunies de cette étoile du soir que le sot-l’y-laisse et qu’ Abigaëlle se promet de venir lutiner.

    Pour l’instant son attention de louve se porte sur la nichée, amuse-bouche qu’aucune Diane ne doit délasser. L’oisillon au nid montre le bout de son nez attisant sa faim. Mais elle le sait pour l’avoir éprouvé en sa chair sous les assauts vulgaire ou inexpérimenté de galants de galantes impatientées que se jeter sur la volée serait une erreur, l’oison ne se laisse apprivoiser qu’après avoir été longuement cajolé. Avec sagesse, la main d’ Abigaëlle se pose sur la vulve de Justine qui frémit au premier contact.
    Délicatement, elle presse ses doigts sur la chair tiède et d’un léger mouvement circulaire masse les nymphes de Justine. Lenteur calculée pour laisser place à une variation, formant de l’index et du majeur un ciseau, Abigaëlle enclave la base des lèvres et provoquant une ondulation digitale, qui les fait rouler, se pincer en une moue qui la fait sourire et qu’elle couvre de baisers spumeux pour en laver l’affront boudeur.
    Malmené par ses jeux de mains, le clitoris de Jus tine commence à s’éveiller. Craintif, il sort de son capuchon rosé. Abigaëlle émue par le levé du bélître, ouvrant plus avant les cuisses involontaires que la jouissance tente de refermer, plonge sa bouche dans l’intimité tiédit de Justine, le capte au passage et l’agace en le titillant de la pointe de sa langue avant de le délaisser sous les râles amoureux de Justine qui jouie sans retenu. Inlassablement, savante, Abigaëlle reproduit son mouvement, savourant en bouche les goûts de Justine. Note d’ensemble de bergamote, accentué sous la jouissance de jus plus corsé de menthe poivré, qu’Abigaëlle enivrée va chercher d’une langue épointée à l’entrée du vagin de Justine, qui sursaute sous l’assaut.
    La jouissance emporte enfin Justine à l’instant où muent par la louve qui lui dévore le bas ventre, celle-ci en un nouveau tourment, lui écarte délicatement de deux doigts les petites lèvres, exposant le bouton turgescent à sa vue, au souffle brûlant de son haleine. Sans coup férir, sa langue vient se poser sur son extrémité et pinçant sans ménagement l’un de ses tétins, Abigaëlle l’aspire brusquement tandis que sa langue vibre sur lui.
    D’un coup de rein, Justine se dégage de l’étreinte pour mettre fin à son châtiment. Mais Abigaëlle ne veut rien lâcher, sous le souvenir de ce qu’elle à vécu, elle glisse un doigt en Justine et commence ce même va et vient qui l’a malicieusement humilié. Une vague nouvelle emporte Justine qui y résiste et par volonté se redresse, prend le visage d’ Abigaëlle dans ses mains et l’embrasse langoureusement, l’assurant enfin de sa victoire, mais voulant partager lui souffle un nouveau désir de douceur.

    Comme à regret Abigaëlle extirpe son doigt du vagin contracté de Justine et suivant son amante qui vient de se rallonger et se place en soixante neuf, offrant elle aussi une vue admirable sur sa vulve abondamment mouillée.
    Joueuses, elles se laissent guider dans un premier temps par l’autre, répondant à l’identique à la caresse prodiguée. Étrange loi du talion qui procure plaisir et retenue, langue pour langue, main pour main, doigt pour doigt. Elles se jouent ainsi d’elles-mêmes en s’aimant crescendo., empoissant libidineuse bouche, doigts, visage, cuisses de la féminitude de l’autre, humeur féminine qu’elle font rouler en bouche avant de la diluer dans leur salive sucrée.

    Puis Abigaëlle donne un nouvel essor, sa langue a dépassé l’entrée du vagin de Justine et suivant le périnée s’évade vers cette rose qu’elles ont pour l’instant délaissé.
    Comme pour le conin, elle mouille abondam ment de sa salive en un millier de baiser, les plis arides pour que naisse en cette terre la fleur d’un autre péché.
    Justine savoure la caresse et en réponse s’aventure, elle aussi en cette lointaine contrée.
    Baisers de vierges qu’elles ne sont plus et qui les emportent un peu plus vers l’abandon qu’elles recherchent et veulent donner.
    Les cuisses tétanisées, elles doivent céder à la pression de leur corps, aux lèvres usées, à leurs langues blanchies et leurs bouches empoissées, en un adieu, elles quittent à regret l’estuaire vulvaire et l’abysse culière et se couchent exténuées sur le coté tête bêche.
    Leur cœur en chamade, le souffle écourté, l’esprit alourdit de jouissance, elles s’accordent mesquines du repos. Yeux mis clos, elles se dévorent encore des yeux, observent en l’autre ce qu’elles éprouvent en elle.
    Cette tendre coloration sous l’ardeur du désir et de la jouissance, qui marque leurs cous, leurs épaules, la base et les aréoles de leur seins, leurs entrecuisses. La peau embrumée qui frissonne, trésaille sous l’évaporation de leur sueur, les puissantes aspirations qui gonflent leur poitrine pour rechercher leur souffle, la leurre qui danse au fond de leurs prunelles, l’orgueil de leur tétin saillant encore.
    Leurs mains se joignent et jouent amoureuses et complices avec les doigts de l’autre et d’un baiser sur leur sexe, elles se séparent et se lèvent. Se tenant par la main, elles se dirigent vers le bassin et moi… homme perdu dans l’immensité de leur féminité. Lentement et sans un mot, elles entrent ensemble dans l’onde et rafraîchissent leur corps endolori. Abigaëlle accueille Justine dans ses bras, serrées l’une contre l’autre, ainsi blottie, elles se bercent amoureuses, langoureuses, échangeant de tendres et savoureux baisers.
    Puis je vois en leurs yeux danser une flamme inconnue de moi, sans mot, juste par le regard et des gestes simples, elles s’approchent de moi. C’est comme un tableau d’une beauté irréelle, dérangeante, représentant deux nymphes au bain, leurs corps clapis entre les bras d’un homme nu à la verge tendue, exacerbée, au gland violacé d’excitation incontrôlé, plongé à demi dans l’onde du bassin et qui ne peut qu’exprimer la faiblesse de sa masculinité devant cette déité féminine…

    Elles s’aiment en moi, entre mes bras coupole qui leur enserrent les épaules.
    Elles s’aiment devant moi, leurs cuisses, leurs bras, leurs mains heurtant inconscientes ma verge meurtrie.
    Elles s’aiment au travers de moi, chacune échangeant des baisers avec mes lèvres pour contenir la jouissance proche.
    Elles s’aiment pour elles et je le vois, là dans l’eau c laire, que leurs gestes lents troublent à peine.

    Elles se masturbent mutuellement, pinçant leurs lèvres, caressant leurs clitoris, pétrissant leurs fesses, agaçant en d’impétueux baisers leurs seins, se dévorant l’une l’autre, se doigtant habilement, cherchant dans les plis vaginaux le point saillant, étouffant par intermittence le râle, le cri dans le cou de son amante, mordillant lobes d’oreille et épaules.
    Puis le calme survient, si soudain que j’ai du mal à comprendre…
    Leur tête posée sur mon torse, lèvres et langues encore emmêlées, elles ont joui ensemble sur moi…

    Moi qui n’ai pu qu’observer ce que femme déchaînée ose quand sa nudité a eu raison de toutes raisons et qu’en oraison vient le chant de la jouissance. Ce cri qui supplie de ne pas arrêter, violence qui s’exprime dans une vulve plaquée sur une bouche avide, mains qui pressent, attirent, bloquent, retiennent, doigts ou visage entre les cuisses, vagin ou anus et qui transfigure la féminité en une chienne amoureuse de l’instant et qui se donne, se rend enfin, ayant vaincu celle qu’elle n’est plus.

    Je me sens si petit devant tant d’arrogance, gravé au fond de leurs yeux, sur leurs lèvres gonflées, sur leurs cuisses zébrées, échauffées, rosies. Aucun homme tout empli de féminité qu’il soit, ne pourra jamais rivaliser avec celles que je vois. Leçon d’humilité qui m’a emporté au-delà de ma proche jouissance et qui me permet enfin d’apprécier ce don que m’ont offert Justine et Abigaëlle, cet art d’aimer...
    D’un dernier baiser, elle me salut moi leur protecteur. Puis souriantes d’ingéniosité, elles m’attirent hors du bain et malicieuses contemplent l’érection qui se dresse entre mes cuisses, et sans plus s’en occuper, mais flattées, elles m’entraînent vers la table et ses fauteuils moelleux.

    — C’est l’heure du thé, en voulez-vous mon cher Savinien ? Me demande Abigaëlle naturellement.

    — Oui, répond Justine, avec des petits gâteaux si tu as, j’ai faim…

    — De moi ? rétorque Abigaëlle d’une insolence amusée.

    — Oui, mais plus tard, lui assure Justine, l’heure est venue de partager oralement ce que nous avons vécu et surtout mon Savinien...

    Fidèles à nos traditions libertines, nous échangeons et partageons à nouveau tous ses instants vécus, ses heures perturbées, où elles se sont aimées, où j’ai voyagé, car tel Charon, j’ai fait traverser à Justine et Abigaëlle le fleuve de leurs enfers pour les conduire sur l’île des filles de Sapho… mais était-ce vraiment les leurs….

     

    © 2010 – Thierry TE DUNNE
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