• Comment vaincre l’homme, quand on est un homme

    Comment vaincre l’homme, quand on est un hommeComment vaincre l’homme, quand on est un homme?

    Comment aimer un homme plus qu’un frère et lui offrir ce qu’il a déjà?

    Comment posséder celui qui ne se possède pas?

    Extrait de sale injustice d’aimer.

    Auteur Thierry TE DUNNE


    Aurélien aide Armand un peu ivre à s’allonger.

    — Armand, je te laisse, je rentre.

    — Non, reste si tu veux, je ...

    — Quoi ?

    — Je voudrais... Enfin...

    — Tu veux coucher avec moi ?

    — Oui, avoue Armand dans un soupir.

    — Mais es-tu sûre de ce que tu dis ? Demande Aurélien.

    — Je ne sais pas, mais je veux savoir, cela fait des mois que ça tourne dans ma tête. Quand tu es là, je suis heureux, tu es mon meilleur copain, mon ami, mon frère.

    — Justement, ne crois-tu pas que…

    La douleur se lit dans les yeux d’Armand.

    Un doigt se pose sur ses lèvres, avec réticence, Aurélien se penche et l’embrasse. Instinctivement, Armand se recule. Malgré la douceur du baiser, il a peur. Aurélien caresse les cheveux d’Armand. il, reste placide, ne sachant que faire. Il s’imagine que ça doit être comme cela la première fois pour une femme. C’est vrai, en tant que mec, il ne s’est jamais vraiment posé la question, tout excité qu’il était par le désir. Cette fois, les rôles sont inversés et il se découvre autrement.

    La langue d’Aurélien se mêle à la sienne et il répond malgré lui au baiser. Il sent qu’Aurélien le déshabille, il ressent son souffle sur son torse et cela le fait frissonner, mais il se laisse faire. Les mains d’Aurélien luttent contre le bouton de son jean et inconsciemment l’aide. Puis se lève et se déshabille. Nu sur le lit, il regarde Aurélien ôter ses vêtements, celui-ci se détourne et fait glisser son slip.

    Le sexe caché par la main, Aurélien vient s’étendre près de lui. Armand trouve bizarre qu’il se cache ainsi, alors que lui, est nu et s’exhibe. Un sentiment de culpabilité l’envahit et il remonte le drap sur son corps.  Du coup, Aurélien enlève sa main, pour prendre le drap.

     — T’es brun ! S’étonne Armand en regrettant presque sa réflexion.

    — Euh ! Oui, je me teins les cheveux.

    — C’est pour cela que tu te caches ?

    — Oui et non, c’est la première fois pour moi.

    — Quoi ? S’étonne Armand.

    — Je suis vierge, mais je t’aime, répond Aurélien paniqué pour s’excuser.

    — Mais moi aussi.

    — Alors, on va le découvrir ensemble, si tu le veux.

    — Je... Je.

     Le silence s’installe, ils sont à genoux sur le lit. Comme deux gladiateurs dans cette arène de coton et de plumes. Nus, ils se jaugent. En adversaire, ils étudient les formes massives du corps de l’autre. Les muscles saillants, durs et puissants se couvrent de sueur et semblent s’amplifier sous la peur. Qui va frapper le premier et commencer le corps-à-corps. Où l'un sera dominé et devra s’abandonner.

    Leur « épée de chair » sont dressées pour le combat, la pointe turgescente et violine que forme leur gland tendu par la pression du sang, luisent sous les reflets de la lampe de chevet. Mi-Homme, Mi Dieu, ils tiennent leur sexe en main comme pour se soulager du poids pesant et oppressant de cet afflux de vitalité qui cogne à leurs tempes à chaque battement de cœur.

    Tels des Pans, ils jugent la force et la grandeur de cette verge qui darde vers les cieux de cette Olympe masculine. Armand est gêné de découvrir qu’il peut immoler les lois de son hétérosexualité dans ce jardin de Vénus où d’habitude, il y fait succomber les filles de cette divinité faite de courbes et de rondeurs dont le sexe ne bande pas, mais affiche sur ses lèvres un sourire vertical.

    Le temps passe, ils n’osent bouger. La main d’Aurélien se meut et se pose sur le torse d’Armand.

    Le combat est né… 

    Pas encore, ce geste est celui de la paix, lentement elle caresse sans violence les muscles et apprécie la douceur de la peau couverte d’une fine pilosité brune. Sans hostilité, elle voyage et explore les moindres parcelles de ce corps inconnu. Armand ferme les yeux et écoute le bruit que fait cette étrange voyageuse sur sa peau. Telle une plume, elle vole et effleure la puissance et la fermeté des fesses d’Armand, puis elle plonge entre ses cuisses. Il dessine mentalement le chemin qu’elle parcours sur son corps qu’il connaît si bien. D’un coup, il le sent, elle s’empare de sa verge glaive.

    C’est donc à lui de rendre les armes…

    Qu’il en soit ainsi, il se donne à son frère. Lentement, il tombe sur ses talons et attend la mise à mort.

    Mais elle ne vient pas, au contraire, la main lui prend la sienne et lui enseigne sur le corps d’Aurélien le sens du voyage. Malgré lui, il ouvre les yeux et regarde le chemin parcouru. Aurélien lui aussi est vaincu et tombe sur les talons. Ainsi assis, ils ressemblent à des divinités païennes couleur chair, et au sexe démesuré.

    Mi-Eros, Mi-Aphrodite, ils se regardent. Le désir monte de plus en plus et tend douloureusement, la fine peau de leur gland et en assombrit encore plus la teinte. Mais ni l'un ni l’autre ne savent que faire ou bien n’osent pas. Pourtant muent par une force extérieure, les mains se font pressantes et s’emparent du glaive de l’autre comme pour l’arracher et détruire l’obscénité du désir qu’elles représentent.

    Violemment, elles tirent et poussent, ravissant à la gorge de son adversaire un râle. Le geste est trop innocent pour vaincre et ni l'un ni l’autre ne font rengainer l’adversaire. Le sexe encore plus douloureux, ils se sourient et fraternisent dans un regard complice. Ils sont de forces et de tailles égales et bien au-delà de la simple jouissance. Leur orgueil annihile leur dernier tabou. La force a échoué, elle cède la place à la douceur. Tout en ruse et en malice, Aurélien s’élance et plaque Armand sur le lit, ils rient et luttent un instant par jeu.

    Leur sexe s’entrechoque à chaque mouvement et apporte une onde de douleur jouissive. Sur leur corps en sueur, les mains glissent et dérapent. Armand se contracte quand il sent que celles d’Aurélien s’égarent entre ses fesses. Il rut et renverse son adversaire amant et essaye à son tour de le maîtriser.

    Dans ce pugilat érotique, ils sont comme deux éphèbes qui jouent. Les draps de leur arène ont chu sur le sol et n’entravent plus leur mouvement. Essoufflés, ils signent une trêve. Aurélien se lève et allume deux cigarettes et en tend une à Armand. Lentement et en silence, ils fument, allongés l'un à la tête et l’autre au pied du lit. Offrant à l’autre la vision de son sexe à la toison perlée de sueur. Toute pudeur a disparu et naturellement, ils laissent vagabonder leur regard sur le corps de leur alter ego, qui se charge d’une douceur naturelle. L’esprit aux portes d’un Éden inconnu, ils se découvrent. L’odeur du tabac se mêle aux senteurs de musc que dégage leur corps, leur sexe. Ce mélange les attire inexorablement. Leur cigarette rougeoie une dernière fois et meurt au fond du cendrier.

    Armand sent la bouche d’Aurélien sur sa verge. La douce humidité lui apporte la fraîcheur et atténue la chaleur dégagée par les flammes de l’enfer de son désir. Pour peu de temps, car bientôt, elles reviennent amplifiées. Il jouit et se noie dans le plaisir que lui procure la caresse de son amant.

    Un moment, son esprit survolté lui renvoi l’image d’une femme penchée ainsi sur son sexe, il essaye de comparer pour ne pas perdre pied. La pression sur la hampe et la force de l’aspiration, elles sont différentes. Son cerveau enregistre cela au moment où lui aussi se jette dans la mêlée et s’empare impérieusement du sexe d’Aurélien. Comme une bouée de sauvetage, son esprit naufragé s’accroche à cette comparaison et ainsi il se dédouble. Un Demi Armand ose les gestes et l’autre analyse et essaye de comprendre vainement. Mais tout va vite et l’autre sombre sous l’afflux d’informations et péri.

    Ainsi libéré, Armand redevient le gladiateur champion d’Apollon et combat. Son inexpérience lui impose de dures leçons. Sa gorge souffre de l’impétuosité d’Aurélien et l’oblige à lâcher prise. Sa verge sensible recule sous les coups de dents.  Mais comme il le constate, il en est de même pour Aurélien. Bientôt ils se mettent à rirent de leur maladresse. Ainsi, ils apprennent avec patience le maniement de l’arme de son adversaire. Ils s’aguerrissent et les gestes saccadés se font caresses, et se succèdent. Leurs mains aux doigts téméraires, s’aventurent et fouillent, flattent les recoins les plus secrets de l’anatomie toute masculine de l’adversaire. Calquant son geste sur celui de l’autre et guettant les réactions de son amant. Le mot n’a pas sa place dans ce ballet, seul le cri ou le râle peuvent exprimer qui la douleur, qui le plaisir.

    Soudain ! L’acier de leur « verge glaive » s’ionise des senteurs de l’iode. Armand sent sous ses doigts qui enserrent la vie grognée, la sève est trop montée dans leur « arbre de chair » et elle cherche une sortie. Il se recule au moment où...

    Dans un flot laiteux, chaud, aux forts parfums de la mer, ils jouissent, le corps parcourut des spasmes de la délivrance. Armand sent le contact gluant du sperme refroidit sur son torse. Abêtit, il regarde Aurélien qui revient à lui. Il constate que lui aussi a le torse constellé de gouttelettes blanches. Machinalement, il tend le bras et ramasse le drap et s’essuie. Puis il le tend à Armand qui l’imite. Étourdit par la force de l’orgasme, ils se regardent. Ils savent qu’il va falloir dire quelque chose. Mais quoi ? C’est Armand qui brise son vœu de silence.

    — Excuse- moi si...

    — Oh non, je me suis reculé à temps.

     Les mots sonnent faux après toute cette débauche de gestes et Armand s’en veut. Mais que dire. Ou alors des banalités, du genre « alors heureux chéri ? ». Rien que d’y penser, cela lui donne la nausée. Aurélien et lui se sont livrés et donnés. Nul n’est sorti vainqueur, ni vaincu de cette joute. Ils se retrouvent identiques après. Pourtant...

    Aurélien tend une cigarette à Armand, leur gêne s’envole dans les volutes du tabac qui se consume. Ils rient et plaisantent, mais ni l'un, ni l’autre n’ose dire ce qu’il a ressentit. La peur d’avouer la perte de son machisme pour Armand, du moins, il lui semble. Il l ‘ignore.

    Pour Aurélien, l’amour luit dans ses yeux, lui s’est donné à l’homme qu’il aime et qu’importe après. Il reste un moment sans parler, en fumant cigarettes sur cigarettes. Armand va dans le salon et revient avec une bouteille d’alcool et deux verres. Ils trinquent et se grisent. Aurélien embrasse Armand et se penche à son oreille et lui murmure.

    — Je voudrais que...

    Il n’ose pas finir sa phrase, les mots restent bloqués dans sa gorge. Alors délicatement, il prend la main d’Armand et lui suce l’index et d’un coup le plonge dans son anus. Surpris de ce geste, Armand devine le trouble de son ami. Il comprend, ou du moins essaye. Mais, quelque chose l’empêche de...

    — Je ne sais pas si... Aurélien, j’ai aimé, mais je ne t’aime pas comme...

    — Comme moi.

    — Oui, je crois.

    — Alors fais-le, une seule fois, je veux t’appartenir.

    — Mais.

    Sans entendre les protestations d’Armand, Aurélien s’est penché et s’est emparé de son sexe. Malgré lui, le désir renaît et sans plus attendre, Aurélien le couvre d’un préservatif et s’empale sur lui. Armand sent le poids de son amant sur son ventre. Il n’en est pas à sa première sodomie. Goûtant de temps à autre avec une partenaire consentante cette variante anale. Mais là, il ressent cela comme un viol et seul l’amitié teintée d’amour de sa communion avec Aurélien l’empêche de le jeter et de fuir ou de frapper. Son esprit survolté se réfugie dans un flot d’images érotiques. Des seins démesurés, des vulves géantes l’absorbent et le noient. Il pleure en silence en sentant son ami se contracter et danser sur sa verge au rythme d’une danse mystérieuse.

    Il a mal, Aurélien est trop étroit, non ce n’est pas cela. Il ne veut pas, mais le désir le tyrannise et l’exhorte à continuer à bander. Il regarde son amant, ses yeux sont fermés et il se mord les lèvres, Aurélien bande sous la jouissance et sa verge grogne contre le ventre d’Armand. Son esprit chavire, des replis les plus secrets de son être, remonte une force. Il a mal à la tête et veut arrêter. Mais elle est là, tyrannique, s’emparant de son âme à chaque va et vient.

    — C’est la bête, lui crie désemparée sa conscience, refoule la.

    — Non, c’est toi hurle son inconscient, toi que ta conscience sophistiquée a combattu et enchaîné dans les geôles des bas-fonds de ton âme,. à coup de préjugés, de tabou de religion, tu as avili cet esprit saint et nature.

    — Non, c’est Satan en personne. Tu es un homme, un hétéro, clame sa conscience.

    — Pourtant, tu as aimé ce que tu as fait, tout à l’heure. Assure son inconscient.

    — Non, Aurélien n’est qu’un sale pédé, toi tu es un homme.

    — C’est par amour qu’Aurélien s’est donné.

    Assez ! Hurle mentalement Armand. La douleur cogne et il y succombe. Il se laisse envahir et il sent que la migraine recule, elle se dilue dans son âme et son corps. Il émerge neuf et ouvre les yeux. Aurélien s’est arrêté en voyant le visage de son ami crispé de douleur.

    — Armand, murmure-t-il, tu as mal ?

    — Non, je...

    Dans un élan, il embrasse cet homme qu’il possède et l’encourage à jouir de lui. Il s’empare de la verge d’Aurélien et avec douceur le masturbe. Lentement, ils s’accompagnent aux portes de la jouissance et main dans la main, ils se livrent aux rayons solaires de leur amour.

    Armand s’est retiré, Aurélien pèse sur son corps et délicatement, il le pousse sur le côté. Il effleure la joue de son amant endormit. Lentement, Aurélien s’éveille et le regarde.

     — Tu sembles triste, dit-il.

    — Oui, je ...

    — Ne dis rien, merci pour cet amour, mais je le sais, rien n’est changé.

    — Si Aurélien, grâce à toi, j’ai changé.

    — Tu me raconteras ?

    — Non, c’est à moi, répond Armand en détournant la tête.

     Il pleure, mélange de joie et de peur. Il a joui, mais il ne peut pas partager cet amour qui n’est pas le sien. C’est en cela qu’il est triste pour Aurélien. Il le regarde et dans un dernier baiser lui dit adieu. Aurélien veut partir, mais Armand le retient…

     

    © 2010 – Thierry TE DUNNE
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