• L'oral de français ou la fable du cancre et de Jules Ferry

    L'oral de français ou la fable du cancre et de Jules Ferry 
















    L’oral…

    Moi, tête vide et peur au ventre, j’attends d’être le suivant de cette queue leu-leu estudiantine, avant que d’être un survivant de cet oral de français. Mon nom claque dans l’éther et délétère ma peur m’emporte dolant vers cette voix autoritaire.

    Une prunelle furtive m’ordonne de fermer cette porte qui semble m’aspirer tandis que mon regard essaie de repérer mon asile coutumier, ce pupitre gravé et sa chaise usée, ce chez-moi temporaire octroyé depuis tant d’années par la république de ma citoyenneté dans cette classe froide, impersonnelle, évidée de son humeur potache, collégienne, en n’y laissant qu’un bureau et deux chaises à trôner sur l’estrade.

    Jules ! Jules ! En quoi le cancre en moi a-t-il démérité pour que l’on m’impose cette instant de vérité ?

    Elle chignon serré, tailleur strict et jupe étroite, concentrer devant la liste des prochains candidats, me tend la liste des sujets après avoir vérifiée mon identité.

     Jules ! pourquoi ce coup a la Ferry pour vérifier que je n’ai et ne saurais jamais rien sur les liaisons dangereuses et les désaccords de ma langue natale…

    Une minute pour m’assurer de mon ignorance usuelle.

    Une autre pour me rassurer…

    Une dernière pour m’affermir et devant sa mine glacée, improviser…

      

    Madame,

    Là, sur ce bureau au bois usé, patiner par de vieille filles ancestrales,de sœurs parfois, de plus jeunes et jolies, tête et coeur emplis de réformes ou de foi pour sauver le cancre de son univers carcérale.

     Moi qui en cet instant n’ai qu’une virgule pour ponctuer ma volonté.

    Que ne donnerais-je pour porter la question à vos lèvres et répondre à ce point d’'exclamation quand il est lu à l’envers.

    Mystérieuses nymphes vantées par les poètes moyenâgeux de ce programme à laquelle depuis tant d’années, je n’y entends rien.

     Permettez que je leur susurre quelques mots dans ma langue pour quérir les maux de l’amour qui vous parfois les tourmentent et en langues d'oïl noyer ce chat furibond dont les gestes de l’époque ont fait de lui un maléfice.

    Permettez qu’en langue d’oc, je châtie ses ignares qui ne voyaient rien en lui de la beauté maturée par les années et que j’enquête d’une langue affamée, d’un doigt inquisiteur si vous y souscrivez pour lui faire avouer ses doux secrets en une myriade de perles de rosée.

    Vin de cyprine, doux et capiteux d’infante, brut et roide de paysanne, sucré, salé des îliennes suivant l’instant où il se confesse sur cet autel écolier. Où genou en terre, bon nombre de cancres en d’innombrables génu flexion ont salué leur officiante maîtresse, niant qu’ils puissent ici mieux y voir et rêver, à cette beauté dissimuler sous la bure d’une culotte fendue, masquer par le coton virginal d’un slip, voilée de la soie d’un string.

    Moi qui sous l’instant vous offre un trait d’union comme un pont entre nos mondes.

    Permettez-moi d’oser conjuguer et d’écrire avec vous, en vous un autre chapitre, loin de l’oral auquel vous m’avez convié et signé en plongeant dans votre encrier ma plume insolente et vous prouvez que je suis au si bon à l’oral, qu’a l’écrit.


    Jules ! Jules ! je ne sais toujours pas si j’ai réussi, ton tableau d’honneur me l’annoncera, mais je garde pour moi cette épingle à chignon capturer durant cet oral de français.

    Oh ! Jules, par elle, ma langue maternelle est devenue une langue vivante au cancre que je suis.

     

    © 2010 – Thierry TE DUNNE
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