• La Couturière

    La Couturière

    J'entre pressé, patientes un bref instant dans le vestibule, cherche du regard une porte ouverte guettant  les bruits d'une présence.

    Impatient, je remonte bruyant l'étroit couloir rappant les murs chaulés avec le sac remis par ma mère et qui contient mes pantalons à retoucher.

    Je débouche dans une véranda et enfin je la trouve. Assise dans un fauteuil en rotin, la dame en combinaison, somnole le menton poser sur sa poitrine les pieds posés sur l'estrade devant-elle, oublieuse sans doute dans ses songes de ma venue. N'osant l'éveiller je tergiverse et me décide d'attendre l'éveil de cette gracile couturière qui t'elle une reine trône au sein de son atelier royaume. Du regard je fais le tour de se jardin d'hivers, découvre en îlots sur des tables, les phrases de son métier qu'elle écrit au grès de sa clientèle,  points de bâti au fil à coudre, points de croix brodé, coupons de tissus, boîtes à boutons multicolores. Le satin d'un soutiens-gorges piqueté d'épingles me trouble, jamais je n'aurais pu imaginer de si profonds bonnets, machinalement j'essaye de savoir si cette tétonnière en construction est destinée à cette couturière, mais mon inexpérience me l'interdit.

    — C'est pour ma fille, elle a héritée de la poitrine des femmes de notre maison, sein en poire et bonnet E, ce qui n'est pas mon cas.

    Assure la couturière, sourire aux lèvres.

    — Te voilà, ta mère m'a prévenu, ajoute-t-elle, puis sans que je puisse répliquer ajoute d'une voix prévenante, je vais fermer la porte d'entrée, en attendant quitte moi ton pantalon et grimpe sur l'estrade.

    Je reste coi et complètement con, je le confesses. Avec au fond du ventre la peur d'un moucheron prit dans la toile d'une araignée, je pose mon sac et je m'exécute. En slip kangourou , chaussettes et chaussures je grimpe sur l'estrade et attends. Elle revient irréelle dans sa cinquantaine, brune, seins nus sous le tissus pêche qui laisse discerner ses sous vêtements, cigarette au lèvres peintes d'un rouge vif, un plateau portant deux verres emplis de café noir.

    — Un café, me demande-t-elle rassurante.

    — Heu ! Oui... Merci, timide, je bafouilles, frissonnant sous la chaleur que le soleil provoque en frappant espiègle le verre de la véranda.

    — Tiens, elle me tend le verre et je le porte à mes lèvres, grimace sous le manque de sucre.

    — Jamais de sucre mon Loup, le café c'est comme le sexe ça doit vous cueillir par ses goûts assure la couturière sérieuse.

    Sans attendre, elle sort un a un les pantalons et les défripes, en apprécie la texture et en écarte deux.

    — Tu dira à ta mère que pour cela, on ne peux rien faire.

    — Oui, je déglutis péniblement.

    — Bon, allons y, dit elle, détends toi on est pas à la visite médicale, ajoute la couturière en me fessant instinctive d'un claque comme le fait ma mère quand je la gêne.

    Me voilà à essayer les un après les autres les pantalons, à patienter sans bouger quand elle épingle les ourlets. Lentement, le tissus glisse sur mes fesses, mes cuisses, mollets et jambes et voluptueuses, professionnelles les mains de la couturière courent, piquent, déposent la cendre de sa cigarette dans le cendrier proche.

    — Tu portes à droite ou à gauche, me demande t-elle à brûle pourpoint.

    Je suis déconcerté, ne comprenant rien à ses paroles.

    — Je vois, tu sais pas.

    Elle semble réfléchir et part fouiller dans des boîtes et revient avec un caleçon blanc.

    — Tiens mes cela, m'ordonne t-elle dans un nuage de fumée.

    J'hésite, elle s'exaspère.

    — Fais pas ta prude mon Loup, j'ai eu quatre garçons et des bites j'en ai vu. Allez oust !

    Je me détourne, le lui montre la blancheur de mon cul, puis vêtu d'un caleçon en un genre de tissu papier transparent, couvert de traits à la craie bleue délimitant les pans de tissu, angoissé, je me retourne et me voilà à prendre une leçon d'anatomie.

     

    — Chez 90 % des hommes le testicule gauche est légèrement plus bas que le droit, ta verge en érection n'est pas non plus toujours dans l'axe vertical il suffit d'une asymétrie des corps caverneux pour entrainer une courbure plus ou moins prononcée de ton sexe en érection. Ta verge mon Loup, penche très souvent et naturellement d'un côté, le plus souvent à gauche d'après les médecins. On dit alors que l'homme "porte à gauche". mais toi visiblement tu "porte à droite" ton sexe s'incline naturellement à droite, c'est une règle anatomique quasi-générale qui va me permettre de te retoucher tes pantalons et de les adapter à ta morphologie et d'une légère pression, elle marque le tissu de signes "cabalistique modéliste". Elle prend ensuite des mesures avec son mètre de couturière qu'elle décroche de son cou et me mettant de dos, note sur mes fesses ses relevés topographiques de mon anatomie. Voilà nous en avons fini, me dit elle.

    Naturelle, elle baisse mon pagne de papier pour l'emporter et moi je panique... Sous les caresses furtives et très professionnelles de la couturière, mon axe est devenu vertical sans que je n'y puisse rien.

    — Ben mon Loup c'est flatteur, assure-t-elle mutine dans une œillade complice.  T'en fais pas cela arrive souvent, ment-elle pour me rassurer, je le sens, tout comme ça main qui entre en contact avec... je déglutis fortement.

    Sur mon perchoir, je suis à sa hauteur, lui offre la vision de mon sexe juvénile de dix huit ans, juste pubère de deux mois. Je suis un oisif comme dit ma mère, toujours été en retard même le jour de ma naissance et tandis que les autres lors des douches collectives de la piscine exhibaient leur pubis velus en se moquant d'une voix rauque, moi je m'isolais, cheminais sur mon chemin de vie et tandis qu'eux se vantaient, sifflaient les filles, j'attendais, tirant parfois en des instants de folie sur celle que les autres nommaient leur bite pour la faire grandir et fuir cette anormalité.

     

    Elle à l'aise dans ses mouvements, me suçote le gland comme une pastille Vichy, de celle qu'on prend pour digérer un repas trop lourd, qu'on fait rouler sous et sur sa langue noyant celle-ci dans les goûts salés extraits des eaux, subtilement mentholé. J'aime, c'est une première et sans maîtrise je me nois et répand ma semence en sa bouche gourmande.

    — Voilà qui est bien mon Loup, me dit elle dans un doux sourire, maintenant tu peux me faire l'amour, mais quitte moi tes chaussettes et chaussures.

    Je m'exécute sans quitter mon juchoir et elle en profite pour allumer une cigarette et se mettre nue.

     

    Elle remonte le bas de sa combinaison et fait glisser insolente le satin pêche sur ses cuisses, ses bas, me dévoilant l'ombre très fournie d'entre ses cuisses. Puis sans un mot, quitte insolente ses escarpins, ôte ses bas et sa gaine et en faisant glisser les cordons de ses épaules, abandonne sa combinaison, tire rapidement sur sa cigarette et se couchant sur l'estrade, m'invite.

    — Viens mon Loup, j'ai la chatte en feu.

    Je ne comprend pas réellement le sens des mots, mais ce qui danse dans son regard n'est que volonté que je bandes instantanément en me couchant entre ses cuisses offertes.

     

    Je  la regarde, elle turgide, trait d'union avec cette fente offerte et je cède à mon orgueil, entâmes ce lent va et vient instinctif et le soupir que je perçois me donne l'assurance que j'exaspère et cela enfle encore ma queue au gland violacé Elle mouille abondamment, mais je m'en fou, je perçois en découverte l'odeur de sa cyprine de ma transpiration, ça pue le cul comme disent les copains quand ils parlent de leurs exploits. Je, elle pue le cul et j'aime tout comme elle qui se tortille et me demande en haletant.

    — Que regarde tu mon Loup ?

    — ça.

    — et alors ?

    — C'est beau !

    — C'est la nature, vas y baise moi à fond, j'en ai envie.

    Elle parle comme eux et cela accrédite ce que disent les copains. Entre ses bras je ne suis qu'un sexe qu'elle actionne mécanique en de forte pression sur mes fesses et j'aime ça, enregistrant les codes en inconscience, odeurs, moiteur, cris, mots obscènes. J'éjacule.

    — Pourquoi tu te trouve pas une môme, me demande-t-elle,  allumant une cigarette.

    — Comment vous savez que...

    Elle réfléchit et ajoute hésitante...

    — J'ai 50 ans au compteur mon Loup et toi 18 pas plus,  t'es un beau mec tu vas pas passé ta vie à attendre qu'une veille te baise ?

    — T'es la première.

    — Oui j'avais remarqué tu sais, devant ma honte, elle ajoute prise remord, allez va, cesse de faire le fainéant, de traîner ta vie et ta queue comme tant d'autres, si tu veux me faire vraiment plaisir deviens quelqu'un.

    Le téléphone sonne et elle répond et d'un geste amical, elle me fait signe de me m'habiller, ne me laissant peu le loisir de m'interroger, puis raccroche et me reconduit vers la porte.

    Sous son regard d'adieu, je franchit la porte cochère entamant ma première rupture. Déniaiser, l'esprit englué par ses paroles et le vide de son absence.

     

    © 2017 – Thierry TE DUNNE
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