• La Pergola

    AAH

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Passant vite fait chez-elle, Latfi se change et emportant une bouteille de Toquet, elle refait le chemin, vers Préfailles et la maison de Agnès. Il est des amitiés qui naissent spontanément et s’avouant sa solitude, Latfi voudrait bien une amie, hors du milieu professionnel.
    Elle constate, l’absence du camion de déménagement en arrivant et trouve dans la cour Agnès en train de ratisser le gravier et d’un coup d’œil sur la gauche la voisine à sa fenêtre. Elle entre et se gare. Agnès l’accueil d’un sourire et l’invite à entrer, puis en acceptant la bouteille de Latfi, la guide en ouvrant la porte de derrière vers une immense pergolas, où la table est dressée.


    — Un petit fricot avec tout ce que j’ai trouvé dans les placards de ma tante. Champagne ? demande Agnès.
    — Volontiers, mais c’est un peu Versailles non ? S’étonne Latfi devant l’argenterie et les mets proposés.
    — Nous dirons que ma tante avait l’art de recevoir, réplique amusez Agnès, mais on est pas obligé de tout manger.
    — Bien au contraire ! Au diable la cellulite et vive foie gras.
    — Merci, Latfi, je culpabilisais de ma culotte de cheval, mais ça rassure de savoir qu’il existe des femmes qui s’en moquent.
    — Alors santé ! J’avoues que j’ai faim.


    Picorant, buvant, elles se parlent d’elle, se racontent avec simplicité aider par la griserie d’être et les vins. Chacune ouvrant un havre aux tempêtes de vies qui jalonnent leur parcours depuis leur naissance. Elles suffoquent de rire, sous la chaleur de la toile bis échauffée par le soleil, la joie de vivre.


    20h les cueille, en sous-vêtement, verre en main dans le jacuzzi attenant à la terrasse. Devant-elle la table égrène les heures passées en îlots festifs. Champagne et miette de petits fours, grains de caviar, Toquet Pineau Noir et galantine, rôti froid, salade de jeunes pousses, eaux plate et gazeuse comme autant de poses pour diluer, assimiler, rouge aux joues, ballonnements, café et thé vert accolés aux doux et petits macarons fruités. Au-dessus, dans, la fibre du tissus pêche de la nappe, tâches inopportunes, stries énervés gravées par le dos d’une cuillère quand dire forçait à se livrer et lâcher prise devant les remords, les regrets, photos, magasines ouverts, séquencent les instants de folie, de débats, de conseils, osés, animés, donnés en attendant le déclin de ce jour.


    Grisées, joyeuses, elles osent se qui aurait pu prendre des mois, des années ou jamais qui sait. Naturel, elles se blottissent l’une contre l’autre, laissant libre cour à la parole pour endiguer la gêne d’éprouver cette promiscuité, oubliant en sœur, la transparence des tissus détrempés qui laisse voir, plus qu’entrevoir formes, rondeurs, peau. Elles y pensent sans se le dire, qu’il serait plus simple de tout enlever, de se révéler nues à l’autre, qu’entre femme, cela n’a aucunes importance, mais elles s’accrochent à des pudeurs, des références pornographiques qui les paralysent, qui les engluent dans un imaginaire qui n’est pas le leur où du moins qui ne peux s’exprimer ainsi. Seul le mot s’envole, trahissant leurs pensées inconscientes. Ce désir si féminin, qui fait qu’une culotte gardée est une barrière infranchissable, un “Non !” muet catégorique, un “Peut-être” inavoué, mais qui s’envisage. Un “J’aime” en champion du désir et un “Moi non plus” en Dame vertu de l’indécision qui en cet instant les font se parler d’hommes en refusant le simple aveux du plaisir qu’elles éprouvent à être ensemble, a sentir le contact de la peau de l’autre, à éprouver du désir en la beauté d’un corps similaire, un corps tout comme le leur étranger.


    Un moment comme autant de vaisseaux, le rose, le blanc sombrent sous les gestes déliés, mouflettes elles rient un instant en les voyant se noyer emporter par les remous qu'elles font intentionnellement pour vaincre leurs dernières réticences et se poser leurs corps nues entre leurs mains, les hommes au lointain.

     

    © 2014 – Thierry TE DUNNE
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