• Les Gouttes

    La goutte
















    “Tu es et seras mille et une femme, mais en ce moment tu es une femme rivière dont mille affluents prennent naissance dans ton ondoyante chevelure d’ondine.”

    La gaîté vient et Betty s’amuse à faire naître sous sa main indolente la pluie sur la terre de son corps.

    Sans grondement, ni violence, non juste un doux bruissement libérant des mèches couleur de feu des myriades de gouttelettes, qui roulent et tombent, noyant les éphélides qui pigmentent les fines épaules. Emportées par leurs sœurs, certaines gouttes s’enhardissent et dévalent en ru la douce pente de son dos et se joignent en une union sacrée formant une petite retenue au creux de ses reins.

    Deux monts infranchissables les enclavent et avec lenteur, elles se liguent puis se scindent pour les encercler, certaines prophétisant que part de là l’autre versant se trouve le paradis.

    Génération, après génération, insouciantes, elles fondent le vague espoir de leur ascension, elles extrapolent mille théories, puis s’élancent à l’asseau de ses rondeurs couleur chair.

    Betty rit sous leurs caresses maritimes puis s’agace et d’une main distraite les fait voler en s’essuyant.

    Nombreuses sont-elles à périr absorbées par le drap couleur de nuit. Mais il en reste quelques-unes qui sûr d’avoir vécu l’unique expérience mystique de leur existence minérale, aux sœurs de l’adret vont porter la bonne parole.

    — En vérité je vous le dis, seule ELLE a le pouvoir de nous faire naître, Nous, ses filles, les uniques héritières du royaume caché.

    Ainsi la dévotion apparaît. Pieusement, elles forment des processions qui ruissellent sur la chair sacrée déité. Elles épousent de leur consistance les courbes qui cisèlent l’image de la féminité. Certaines se croient égarées en suivant le sillon naturel qui sépare les deux éminences rebondies et musclées de cet adorable fessier. Peureusement, elles accélèrent leur course, emportée par la pente abrupte de cette gorge qui s’ouvre sur l’abîme. En une cataracte muette, elles tombent et communient. Remettant leur âme cristalline au bon office de leur Déesse.

    Betty se trémousse.

    Elles entendent dans leur agonie l’ultime musique d’un rire séraphin et miraculeusement, elles se retrouvent… Au paradis, dans un épais tapis de poils longs et soyeux, elles s’ébrouent, revenues chez-elle, au berceau.

    Le ciel est de la même couleur, celle du feu qui gronde quand il dévore et il fait chaud.

    Qu’elle est donc ce sourire à l’ironie verticale ? cette question affole leur esprit éthéré.

    — Au sanctuaire, mes sœurs, nous avons réussi, nous sommes élues. Assure certaines.

    Lentement, elles glissent découvrant le fin sillon au ton terre de siennes brûlée qui scelle les portes sacrées du temple des filles de Sapho. Elles ignorent tout du sésame qui en ouvrira l’entrée. Elles vivent cet instant comme l’unique, elles frôlent de leur douceur aquatique les lèvres glabres, savourant cet ultime baiser avant leur mort, le baiser de l’ange d’amour.

     

    Extrait de Sous les jupes des filles, auteur Thierry TE DUNNE.

     

    © 2010 – Thierry TE DUNNE
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