• Pérette et le Chapeau

    Dans ce quartier populaire, Pérette lavandière de son état, oeuvrait pour quelques francs.

    Tout à sa tâche, elle rêvait au beaux colifichets que Magloire en boutique avait.

    Des robes, des bijoux et surtout un Bibi, un amour de chapeau qu'en vitrine, elle briguait.

    Un voeux, puis un autre et la voilà à souhaiter plus qu'elle ne désirait et le sort entra...

    En catimini il l'enserra.

    Maquignon, seins en main, il la pressa et elle dans ses chimères croit.

    Que l'heure est à son Gustave et qu'en malice contre un rien de concupiscence, bonnet il lui donnera.

    Mais la poigne est bien trop rude et trop velue, chagrinée, elle se rebiffe et découvre en lieu et place l'Armand, frère d'usine de son mari et ancien prétendant.

    Pour taire l'ardeur du belligérant,  du vin lui offre en se remettant.

    Verre en main, l'Armand attablé l'éprouve dans un étrange marché.

    Posant des francs sur le ciré de la nappe, il attend...

    Voyant les francs et trouvant l'Armand pas si charmant malgré la teneur de l'extravagant marché. Pérette dans son esprit déraisonné et l'envie du Bibi pèse les mots de la proposition.

    "Tes seins contre ces francs, pas les toucher, juste les voir" avait-t-il énoncer hâbleur "et puis tient, voici cent de plus pour te voir nue" avait il ajouté sérieux, déposant l'argent  sur la première mise.

    Pérette cherchait les mots pour renoncer quand dans son esprit cautèle, stratagème naît.

    " Juste me voir et rien touché, promis" quémande-t-elle pour assurance.

    "Promis" assure l'Armant.

    Laissant l'Armand, filant derrière les cordes à sécher, elle se dévête.

    Tirant du fil un draps, s'en revêt et balayant poussière à ses pieds, vers l'Armand troublé s'en revient.

    Ainsi pensait-elle, le marché était respecté.

    Mes formes, un rien de peau contre le pot misé.

     

    Ravis certes, mais pas assouvi, l'Armand s'enhardi, reprenant un a un les billets, son marché entend faire respecté.

    Pérette voit les billets s'envolés et avec eux partir à veau de l'eau ses rêves et son chapeau.

    Connaissant le caractère trempé de l'Armand pour l'avoir éprouvé en un temps, elle cède, mais tente une dernière passe et demande son dû plus un.

    Sans coup férir, l'Armand excité ne se fait pas prier et un a un plus un dépose les billets.

    Le draps tombe à ses pieds.

    Il reste ainsi à l'étudier et elle à frisonner.

    Puis toute une liasse tombe sur la toile cirée et l'Armand demande à la baiser.

    "Là s'en est trop demandé" pense Pérette, mais la liasse rondelette est si près.

    Elle cogite et recogite voyant sous les désirs de l'Armand de nouveau s'envoler les billets.

    Sans trop attendre reprenant l'argent, sur la table elle se fait prendre par le pourceau qui nu comme un ver se met à la besogner. Tandis qu'il s'y prenait mal, Pérette se consolait en froissant sous ses doigts les billets et rêvait en poussant les petits cris qu'Armand exigeait au Bibi bientôt sien et au vin pour son homme.

    Il est parti et un lavage soigné a fait disparaître les traces du marché.

    Miroir en main, chapeau et vin acquis, Pérette entend Gustave entrer.

    "Bonsoir la maisonné !" Annonce l'homme, puis en accrochant son paletot demande.

    "dis mois la Pérette, l'Armand est-il passé, ma paie t'as-t-il donné ? "  

    © 2013 – Thierry TE DUNNE
    Tous droits réservés – Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur.