• Trois

    Trois

    Il y a l’autre dont on ne sait que faire et que l’on a invité…
    Esprits en coquinés ils sont heureux qu’il soit là, puisqu’ils l’ont choisi, Lui dont ils ne savent s’il pourra s’accorder à la partition, mais dont ils espèrent tant.

    L’orchestre se met en place, les corps en instrument luisent dans la luminescence du jour qui filtre au travers des persiennes. ils observent cette demi nudité drapée de timidité, n’osant encore le geste.
    Le féminin est au centre comme il se doit, nerveux et pourtant alangui par le désir naissant sous les regards concupiscents du masculin qui l’entoure, l’encercle, l’enveloppe.
    Dans la salle sans publique, à huis clos, les premiers baisers s’envolent d’une bouche à l’autre, les premières notes sont données et allegro les gestes entament l’ouverture…

    Vivement une bouche quitte les douces lèvres habituelles riches de promesses et se pose sur un sein à l’aréole teintée d’un brun chocolat léger, en titille, en agace le tétin comme pour en diluer gourmande le pigment en glacis brun de florence. Dans l’excitation qui lentement empoisse les lèvres inconnues qui se frôlent, se cherchent, se prennent, son corps de femme ondule.

    Mouvement du bassin qui invite cet autre à la témérité. Comme à regret, il quitte cette bouche et s’empare impérieux du mendigot jumeau esseulé et à sa manière en goûte les saveurs étrangères. Les yeux clos, sous le plaisir ressentit, elle accentue son ondulation, invitant une main à s’hasarder entre ses cuisses.

    Là sous le voile de son string, dans sa moiteur féminine qui imprègne le tissus, elle attend la douce violence digitale qui sauvageonne oserait l’explorer en premier. Moment de vérité qui va démontrer si l’hôte sait céder la place à ce banquet féminin et si l’inviter sait oser prendre ce que cette femme lui offre.

    Sous le regard amusé de l’hôte et les feulements aériens de son hôtesse marquant leur approbation, timide, le doigt inconnu glisse sur le tissu, éprouve la longue ironie verticale et la laisse imprimer sa silhouette tentatrice en de douces auréoles claires comme sillon en terre. Vas et vient répétés qui parfois en une forte pression sur le tissus essayent de découvrir pour la forcer l’entrée du temple de cette féminité au gardien à demi éveillé par ses escarmouches quêtant le début du combat.

    Yeux clos sous le plaisir, elle sent des mains familières faire glisser le rempart de son string et dans un fougueux baiser pour ralentir la fougue de son invité, elle s’ouvre et s’offre cuisses ouvertes à cette main qui la frôle, glisse sous la soie de sa peau nue, brosse se petit triangle qui comme une invite indique le chemin et fouille en elle de son majeur un bref instant comme pour se venger de cette attente et s’humidifier, afin d’aller affronter avec sagesse cette rotondité, encore niché dans les plis de ses nymphes.


    Suivant l’ Andante de ce nouveau tempo. L’hôte observe, les doigts invités ont cédés la place au visage et à cette bouche plaquée sur la vulve convoitée et elle l’a laissée faire s’ouvrant encore plus, méjugeant la largeur de cette tête inconnue. Il sent ses odeurs étrangères, trop musquées à son goût et qui le brouille, il entend comme une pollution sonore qui vient troubler les bruits habituels, tous ses repères qu’il connaît et lui donne l’itinéraire de la jouissance de sa partenaire à laquelle il vient greffer la sienne. Ses respirations courtes, ses râles saugrenus, ses succions téméraires et trop accentuées. Dans sa science, il sait la pression, l’agilité, le mouvement qui donne à sa femme, du plaisir et pourtant là sous ses yeux, il l’entend et la voit jouir par un autre, jouissance brute, animale qui le trouble.

    Il reste interdit et sentant la douce chaleur enveloppante des lèvres de sa partenaire sur son pénis mou, il s’isole et force son esprit à trier, recenser tout ce qui appartient à l’autre, cet invité et qui comme tel doit le rester, au risque de tout gâcher et lentement dans cette bouche familière son vit s’éveille à la vie. Il sent un étrange plaisir inductif parcourir sa verge, ondes de chocs répétitives que l’invité prodigue dans se cunni et qu’elle lui transmet par sa bouche, ne pouvant, exprimer ses cris de jouissance. Il savoure l’instant et laisse sa propre jouissance s’envoler vers un ailleurs que ses yeux maintenant lui dévoilent.


    C’est à elle que revient le dernier mouvement de cette symphonie, Con Moto s’est ainsi qu’elle le veut. Sans regret, elle a délaisser la verge familière et aimer pour découvrir dans sa bouche de nouvelles sensations. Plus courte, plus massive, elle force ses lèvres à s’arrondir en un Ô de surprise. Lentement, elle gobe la hampe en entier, frôle étonnée des lèvres la frondaison pubienne, sent l’odeur âcre de la sueur qui perle sous le plaisir, tâte d’une main agricheuse, la douce rotondité pansue des testicules qui se colle sur son menton et sans vergogne, suce experte cette nouveauté et en apprécie chaque instant.

    L’invité est pour elle et elle veut en jouer tandis qu’une langue familière vient de prendre place entre ses cuisses et entame avec douceur le voyage qui elle le sait va l’emporter vers les rivages du bord de sa conscience et la noyée dans l’infinie de son être dilué par sa propre jouissance. Elle sent ses cuisses mouillées et sans pudeur, force à l’abandon les deux hommes. En douceur, elle se positionne, cale son dos entre les cuisses de son homme et observe leur invité revêtir son habit de latex, puis d’une main guide en elle se sexe étranger. En appui sur les bras l’autre va et vient lentement en elle, accentuant doucement sa force sous les mots doux de son hôte qui partage ainsi se plaisir si féminin, il laisse venir la jouissance et dans un dernier soupir se rend vaincu à celle qui l’accueille et c’est offerte, remerciant d’un regard terni son hôte pour ce terrible voyage qui malgré lui s’est terminé.


    Dans la salle sans publique, à huis clos, ils se sont aimés …


    © 2010 – Thierry TE DUNNE
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