• Voyelles

    Voyelles 

    Ç’est d’abord un murmure qui coure et chute dans la gaine d’aération.

    Dans un léger frémissement de l’air voilà des voyelles qui s’évadent.

    Les “ I ” plus aériens essaient de reprendre de l’altitude… en vain.

    Déjà les “ A ” les emportent dans leur chute et ils se fragmentent sur le premier palier.

    Hébétés,  ils se réajustent, rampent lentement vers la grille d’où fuse une lumière tamisée.

    Ils se tassent, s’accumulent tandis que plus haut, la source ne se tarie.

    Sous le poids d’autres congénères, ils s’étalent sur le parquet.

    Ils glissent, dérapent,  comme autant de patineurs fous et suscitent en l’esprit du lieu présent, un charmant amusement.

    British,  entre un doigt de Dame et une tasse de thé, il écoute les sons qui sourdent et cherche l’étrangeté de cette résonance.

    Machiavels,  les“  O ”, ont tentés le grand saut et roulent, écrasent sans vergogne sur le parquet  les “ A ” et “ I “ abêtis et lui s’éprend d’une soudaine envie.

    Le doigt de Dame, ne monte plus discret vers les lèvres pincées, mais trône délaissé dans l’assiette près du thé.

    Le doigt d’une Dame, vient délasser, écarter les pans de soie et livrer en l’instant l’ironie inusitée.

    Sous l’esprit de gourmandise éveillé, le doigt d’une Dame vient à jouer dans le buisson de sa toison.

    Des “ I, A, E ” commencent à naître et s’ingérant contre cette manifestation de voisinage, ils boutent ses étrangers.

    Leur ferveur les  emporte et voilà à compagnonner au delà de la grille et à choir avec ceux qu’ils prenaient pour ennemie.

    Unis, en chaîne, ils s’envolent vers un lit et tombent lourdement dans une oreille endormie.

    Assourdie par la nuit, l’esprit d’Homme ne réagit.

    Le  vit déjà dresser, par son songe, il ne perçoit pas ce divin bruit que font ses lettres sur l’oreiller.

    Comme autant de  pattes de chat ronronnant, elles griffent les limbes de ses rêveries.

    Il s’éveille à demi et saisissant son vit, sans réflexion, emporté par l’envie suscité, il vient lui aussi à déclamer des “  U ” égarer.

    Dans un instant d’agonie, les voyelles se bousculent et se collent, jusqu'à former deux Oui et un Yui, l’esprit d’une Dame ayant un instant hésité entre  V.O  et V.F.S.T.

    Dans un instant d’agonie, un immeuble à jouie.

     

     

     

    © 2013 – Thierry TE DUNNE
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